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Demander à un poisson de grimper aux arbres

Dans la littérature dominante le TDAH est principalement abordé en termes de déficits par rapport à une norme, ce qui nous mène à vouloir corriger l’écart par rapport à cette norme. Et si le TDAH était simplement un système cognitif différent?

Contenu de l’article
  1. Comment fonctionne le cerveau TDAH?
  2. Le problème des solutions proposées
    1. L'exemple des listes
  3. Ce qui manque dans la littérature
    1. Et si on traitait le TDAH comme un cerveau « gaucher »?
  4. Donner une échelle à un poisson

Comment fonctionne le cerveau TDAH?

Inattention, désorganisation, impulsivité, oublis.

On pose un diagnostic de TDAH en fonction des comportements observés, et surtout sur la base de ce que la personne fait moins bien que les autres, puis on cherche à « améliorer » la personne en réduisant son écart comportemental par rapport à cette norme.

Or, cette approche ne nous apprend pas comment fonctionne vraiment le cerveau TDAH, mais juste sur ce qui ne fonctionne pas.

Dans un contexte où on reconnait de plus en plus l’importance d’inclure les talents neurodivergents, il devient crucial de comprendre les mécanismes qui permettent de tirer le meilleur des profils neurodivergents, plutôt que de tenter de les rendre moins différents.

Le problème des solutions proposées

On propose aux personnes TDAH des « stratégies » qui visent principalement à réduire l’écart de fonctionnement entre le naturel TDAH et les comportements attendus, qui sont basés sur un modèle neurotypique.

Listes, alarmes, systèmes d’organisation; si ces outils peuvent aider à mieux performer, ils ne changent pas le système cognitif de la personne.

De plus, ces stratégies ont leurs limites; poussées à l’extrême, elles peuvent contribuer aux problèmes qu’elles prétendent régler, tout en ajoutant une immense charge cognitive et émotionnelle sur l’individu neurodivergent.

L’exemple des listes

Une bonne liste sert de point d’ancrage à un esprit qui s’éparpille puisqu’elle aide à se recentrer sur les priorités. Lister les grandes étapes d’un projet peut aider à garder le cap, à réduire le stress en lien avec quelque chose qu’on ne peut pas régler tout d’un coup.

Mais quand la liste s’allonge et qu’on a l’impression qu’on n’arrive jamais à passer au travers, on peut à nouveau se sentir dépassé, en plus d’avoir du mal à y cibler les priorités.

Ou encore, quand jour après jour on descend la même liste de tâches, elle devient cette routine insupportable au cerveau TDAH qui a besoin de nouveauté et de défi pour rester engagé.

Ce qui manque dans la littérature

Nous savons beaucoup de choses sur les difficultés rencontrées par une personne TDAH quand on lui demande de performer comme les autres. Les recherches sur les mécanismes derrières les « manques » associés au TDAH se multiplient et on cherche toujours de nouvelles solutions pour réduire l’écart de déficit entre le TDAH et la norme comportementale.

Nous en savons toutefois beaucoup moins sur les mécanismes de motivation et d’engagement du TDAH.

  • Pourquoi certaines personnes avec un TDAH sont-elles capables d’un engagement exceptionnel?
  • Qu’est-ce qui fait qu’elles peuvent travailler intensément sur un projet et livrer des résultats exceptionnels en une fraction du temps normalement attendu?
  • Comment fonctionne leur motivation?
  • Comment traitent-elles l’information?
  • Quelles sont les conditions qui favorisent leur bien-être et un excellent niveau de performance?

La réponse n’est pas de leur demander d’être plus « normal », mais de comprendre leur fonctionnement et travailler avec lui plutôt qu’à l’encontre de celui-ci.

Et si on traitait le TDAH comme un cerveau « gaucher »?

Il n’y a pas si longtemps, c’était socialement mal vu d’être gaucher. On frappait les enfants à coup de règle sur les doigts lorsqu’ils étaient pris à écrire de la main gauche.

À force d’être punis, certains sont arrivés à écrire de la main droite, avec plus ou moins de difficulté, d’autres n’y sont jamais arrivé et ont été stigmatisés pour ça toute leur vie.

Aujourd’hui, on a compris que le fait d’être gaucher n’était ni un problème moral, ni un handicap et on a adapté l’environnement et les outils pour inclure les gauchers. On croise un gaucher à l’occasion, on peut parfois se sentir irrité d’un outil placé à gauche ou calibré pour un gaucher, mais on comprend que ça fait partie de la diversité humaine et on s’y adapte, en société.

Le cerveau TDAH est différent, même si on « corrige la gaucherie », on stigmatise inutilement les individus et on brûle beaucoup d’énergie inutilement à tenter de faire de « cerveaux gauchers » des « cerveaux droitiers ».

Et si on cherchait plutôt à adapter nos pratiques de gestion de manière à réellement inclure les profils neurodivergents plutôt que de leur demander de changer leur nature?

Donner une échelle à un poisson

L’objectif ne devrait pas être uniquement de réduire l’écart avec la norme. Même si on multiplie les stratégies pour mettre un poisson dans un arbre, il ne sera jamais un singe. En ce sens, la personne TDAH ne fonctionnera jamais naturellement comme une personne neurotypique.

Quand on comprend que le poisson a des nageoires et des branchies, c’est plus facile d’accepter qu’il avance plus vite dans l’eau, que d’arbre en arbre et que de lui fournir un aquarium est plus pertinent qu’une échelle.

Thématiques

Comportements Diversité humaine Neurodiversité Pratiques Inclusives TDAH
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