Skip to content
  • Accueil
  • À propos
  • ParcoursExpand
    • Public
    • Gestionnaires
    • Ressources humaines
    • Neuroatypiques

Histoire de la pathologisation du TDAH (2)

L’histoire des comportements aujourd’hui associés au TDAH est aussi celle des normes sociales. Selon les époques, les mêmes traits ont été interprétés comme des tentations spirituelles, des défauts éducatifs, des obstacles à la productivité ou des anomalies médicales. Ce qui change c’est le regard que la société porte sur l’individu.

Contenu de l’article
  1. Les mêmes comportements, des interprétations différentes
  2. Le cloître et le démon du midi
  3. L'école et l'apprentissage de l'attention
  4. La révolution industrielle et la valorisation de la régularité
  5. Le dictat « l'homme moyen »
  6. Quand l'école rend les écarts visibles
  7. Aux frontières de la médecine

Les mêmes comportements, des interprétations différentes

Les traits aujourd’hui associés au TDAH n’ont pas attendu la psychiatrie moderne pour être remarqués. L’impulsivité, la distractibilité, le besoin de mouvement ou la difficulté à soutenir son attention sur certaines tâches sont observés dans les écrits depuis plus de deux mille ans.

Pourtant, ces comportements n’ont pas toujours été interprétés de la même manière. Selon les époques, ils ont été perçus comme des faiblesses morales, des défauts de caractère, des écarts éducatifs, des obstacles à la productivité ou encore des anomalies statistiques.

L’histoire du TDAH est aussi l’histoire des normes sociales. Car un comportement ne devient problématique qu’à partir du moment où il entre en conflit avec les attentes d’un milieu.

Le cloître et le démon du midi

Au Moyen Âge, l’Église catholique constitue la principale institution religieuse, politique et culturelle de l’Europe occidentale. Les moines qui choisissent la vie monastique s’engagent dans un quotidien rythmé par la prière, le silence, l’étude et la contemplation.

C’est dans ce contexte particulier qu’apparaît la notion d’acédie.
Le moine et théologien Évagre le Pontique décrit un état caractérisé par l’ennui, l’agitation, la difficulté à demeurer concentré sur sa tâche et le désir constant d’être ailleurs. Il évoque le « démon de midi », qui pousse le religieux à surveiller le soleil, à regarder continuellement par la fenêtre et à rêver d’une autre vie.

L’école et l’apprentissage de l’attention

À partir du XVIIe siècle, plusieurs pays européens développent progressivement des systèmes d’enseignement plus structurés. L’école devient un lieu où les enfants doivent apprendre selon un programme commun, suivre des consignes et maintenir leur attention sur des sujets imposés.

En 1798, Sir Alexander Crichton, un médecin écossais, publie An Inquiry into the Nature and Origin of Mental Derangement. Il y décrit des jeunes qui semblent incapables de maintenir leur attention sur certains apprentissages, notamment les règles de grammaire latine et grecque. Il note également que ces mêmes individus peuvent parfois démontrer une grande capacité de concentration lorsque le sujet les intéresse.

Every public teacher must have observed that there are many to whom the dryness and difficulties of the Latin and Greek grammars are so disgusting that neither the terrors of the rod, nor the indulgence of kind intreaty can cause them to give their attention to them.

If he once gains a habit of attention, it will afterwards be eafily directed to other things of more consequence. – (An inquiry into the nature and origin of mental derangement – Sir Alexander Crichton)

La révolution industrielle et la valorisation de la régularité

À la fin du XVIIIe siècle, la révolution industrielle transforme profondément les sociétés occidentales.

Dans La richesse des nations, publié en 1776, le philosophe écossais Adam Smith décrit les gains de productivité obtenus grâce à la division du travail. Chaque travailleur accomplit un petit nombre de gestes spécialisés, répétés continuellement tout au long de la journée.

Cette nouvelle organisation du travail valorise certaines qualités : la ponctualité, la régularité, la capacité à suivre des procédures et à maintenir son attention sur des tâches répétitives. Ce qui est exactement le type d’activité qui fait souffrir le cerveau TDAH.

Fait à noter, Smith lui-même avait mis en garde contre ces méthodes qui, bien qu’elles servaient l’écénomie, abrutissait les hommes.

Le dictat « l’homme moyen »

Au XIXe siècle, le mathématicien et statisticien belge Adolphe Quetelet applique les méthodes statistiques à l’étude des populations humaines. Il popularise le concept de « l’homme moyen », une figure théorique représentant la moyenne des caractéristiques observées dans une population.

Cette approche permet pour la première fois de mesurer et de comparer systématiquement les différences entre les individus. Toutefois, Quetelet ne se contente pas de décrire une moyenne statistique. Il lui attribue également une valeur particulière, allant jusqu’à présenter l’homme moyen comme une forme d’idéal vers lequel tend la nature.

Un glissement important s’opère alors. La moyenne cesse progressivement d’être un simple outil descriptif pour devenir une référence implicite de normalité. Plus un individu s’éloigne de cette norme, plus il risque d’être perçu comme atypique, déviant ou problématique.

Cette manière de penser exercera une influence durable sur les institutions du XIXe siècle, notamment l’école, la médecine et les sciences humaines. Elle prépare le terrain à une confusion qui persiste encore aujourd’hui : celle qui consiste à associer ce qui est fréquent à ce qui est souhaitable, et ce qui est rare à ce qui devrait être corrigé.

Dans ce nouveau cadre, les différences individuelles ne sont plus seulement observées ; elles sont classées, mesurées et hiérarchisées.

Quand l’école rend les écarts visibles

L’expansion de la scolarisation obligatoire au XIXe siècle amplifie encore ce phénomène.

Lorsque tous les enfants sont réunis dans les mêmes classes, soumis aux mêmes horaires et évalués selon les mêmes critères, les différences comportementales deviennent beaucoup plus faciles à observer.
En 1844, le médecin allemand Heinrich Hoffmann publie l’histoire de « Philippe l’Agité » (Zappel-Philipp), un enfant incapable de rester assis à table malgré les demandes répétées de ses parents.

Le personnage connaît un immense succès populaire et témoigne d’une préoccupation croissante envers certains comportements infantiles.

Quelques décennies plus tard, le neurologue français Désiré-Magloire Bourneville participe à l’identification des « anormaux scolaires ». Dans le contexte de l’école républicaine, les enfants qui ne s’adaptent pas aux attentes pédagogiques deviennent un objet d’étude à part entière.

Aux frontières de la médecine

Au début du XXe siècle, une nouvelle étape est franchie.

En 1902, le pédiatre britannique George Frederic Still présente une série de conférences portant sur des enfants qui éprouvent des difficultés à contrôler leurs comportements.

Son analyse conserve encore une forte dimension morale. Il parle notamment d’un déficit du « contrôle moral ». Toutefois, il avance également une hypothèse novatrice : certaines de ces difficultés pourraient avoir une origine biologique plutôt qu’être uniquement le résultat d’une mauvaise éducation ou d’un manque de volonté.

Cette idée marque un tournant important.

Depuis des siècles, les mêmes comportements avaient été interprétés à travers la religion, la morale, l’éducation ou l’organisation sociale. Ils commencent désormais à être examinés sous un angle médical.

Thématiques

Comportements Histoire Neurodiversité Personnalité TDAH
  • Lexique
  • Bibliographie
Scroll to top
  • Accueil
  • À propos
  • Parcours
    • Public
    • Gestionnaires
    • Ressources humaines
    • Neuroatypiques